Christmas 2001 (French)

NOEL 2001

 MESSAGE PATRIARCAL

 

Pierre VII

 

PAR LA GRÂCE DE DIEU PAPE ET PATRIARCHE D’ALEXANDRIE ET DE TOUTE L’AFRIQUE

À TOUT LE PLÉRÔME DE NOTRE ÉGLISE, LA GRÂCE, LA PAIX ET LA MISÉRICORDE

DU CHRIST, LE SAUVEUR NÉ À BETHLÉEM

 

Dans l’obscurité qui enveloppe le monde, voici qu’apparaît « l’étoile bril­lante du matin » (Ap 22, 16), Jésus qui est “la lumière du monde” et qui donne à tous « la lumière de la vie » (Jn 8, 12).

 

Aujourd’hui, en plein désordre et dans le bruit des guerres en plusieurs endroits du monde, “notre paix” arrive (Eph 2, 14).

 

Aujourd’hui, dans le monde, la paix est proclamée, la paix qui est « la nourriture identique des anges dans les cieux..., le chant des anges, l’œuvre des saints..., qui est chantée par les créatures célestes et terrestres » (Sévérien de Ga­vala, De la Paix, 4).

 

Cependant, alors que nous chantons la paix et que nous croyons que « rien n’est meilleur que la paix, par laquelle toute guerre parmi les créatures célestes et terrestres est supprimée » (Ignace, Aux Éphésiens, 13, 2), en fait, ce sont la division, la guerre, la violence, le terrorisme, l’abus de pouvoir, la négation et la violation des droits de l’Homme, qui règnent dans la pratique quotidienne et dans nos relations entre personnes et entre nations. Pourquoi donc ?

 

C’est justement parce que nous recherchons ce bien ailleurs qu’à sa source, qui est le Dieu. Nous recherchons une paix terrestre, alors que « la vraie paix est en Dieu » (Saint Chrysostome, Discours sur la 1ère Épître aux Corinthiens, 1, 1).

 

Nous recherchons une paix extérieure, sous forme d’une absence tempo­raire de guerres, tandis que la paix réelle, permanente et construite sur des fonde­ments solides est celle qui se fonde sur notre retour, essentiellement intérieur, vers Dieu.

 

Souvent, en hommes imparfaits, nous entrons dans un cercle vicieux d’imposition de la paix, de la justice et de la liberté, sans prendre réellement conscience de ces valeurs sacrées, mais en nous fondant sur des conceptions philosophiques, des cosmothéories matérialistes, dans le but de conquérir à tout prix le pouvoir. Cette démarche est les prémices et la source de la concurrence déloyale, de la vengeance, de l’injustice, de l’esclavage et de la misère dans le monde.

 

Il faut également ajouter à ces éléments l’augmentation du terrorisme, qui, avec les problèmes très importants de l’énergie et de l’inflation, préoccupe les gouvernements et les peuples du monde entier.

 

Cependant, mes chers, aujourd’hui, c’est Noël, et le Dieu est près de nous comme un enfant. C’est un enfant. Il pleure en enfant déshérité. Il nous appelle à L’approcher, et à L’accueillir en nous avec la simplicité, la joie, la confiance, la bonté et la sagesse d’un petit enfant.

 

C’est là Son état d’esprit. L’état d’esprit de Son Règne, du Règne qu’Il inaugure aujourd’hui et en lequel personne ne peut entrer, s’il n’est pas devenu auparavant aussi mûr, aussi grand et aussi digne qu’un petit enfant : « si vous ne devenez comme les enfants, vous ne pourrez pas entrer au Royaume de Dieu » (Mt 18, 3).

 

Aujourd’hui, la conscience humaine demande à être délivrée de l’angoisse du péché.

 

Elle demande à être délivrée du poids oppressant de l’apparence diabolique de grandeur de notre époque, de sa tromperie séductrice et de l’illusion de son hypocrisie.

 

Elle demande l’affranchissement de la peur et de l’oppression spirituelle et morale.

 

Elle demande la paix, celle de Dieu, celle « qui surpasse toute intelligen­ce » (Ph 4, 7).

 

Ce sont précisément ces biens sacrés que nous apporte aujourd’hui le divin enfant ; pour ceux qui n’ont jamais goûté à cette offre divine, et qui pâtissent des soucis matériels ; pour tous ceux qui se trouvent dans l’obscurité, la solitude, la servitude, la confusion ou la tristesse.

 

Pour tout homme que l’on croit ou qui se croit bienheureux en raison de son indépendance matérielle, dans ses accommodements, dans sa torpeur autodestructrice, dans l’illusion de son bien-être, le Dieu revient sur terre, comme en ce temps-là, sous l’empereur Auguste. Avec la même douceur enfantine, Il offre de nouveau à tous la chance d’entrer dans Son Royaume : « Voici le temps favorable » (2 Cor 6, 2), « voilà maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru » (Rm 13, 11).

 

L’Enfant né aujourd’hui à Bethléem est Emmanuel, c’est-à-dire “le Dieu est avec nous”. Ce n’est pas Dieu du Mont Sinaï, où personne ne pouvait survivre à la vue de Son visage ; mais c’est Son expression plus récente et plus tangible parmi nous. C’est “Dieu est parmi nous”, celui qui se découvre à tout homme.

 

Chers Enfants bien-aimés en Christ,

 

Notre parcours au travers de plus de 20 siècles a été long et pénible.

 

Nous sommes passés par le feu et par le fer, au travers de la nuit, de doutes et de tentations, d’épreuves et de tristesses, de fortes tempêtes et de catastrophes.

 

Cela en soi devrait pousser l’humanité dans son ensemble, et chacun personnellement, à une position de réflexion, d’écoute et d’attente, afin que nous puissions découvrir, avec une foi profonde, au centre de notre vie et au plus profond de notre existence, la présence de Dieu, qui est essentiellement le centre de l’histoire du monde.

 

Une et unique solution s’impose aux problèmes et fléaux personnels et mondiaux : l’abandon de l’égoïsme, de l’intéressement, de l’autosuffisance, et l’appropriation et le vécu de la volonté divine.

 

Loin du Christ, la vie est en fait tragique, malgré tous les acquis et succès apparents.

 

Sans le Christ, toute tentative d’autoamélioration et de conquête du bon­heur est vaine, un rêve, une chimère.

 

Voilà pourquoi la fête de la Naissance du Christ revient constamment dans notre vie : c’est précisément pour ramener nos pas sur la voie de Dieu-Homme.

 

Avec ces pensées et dans cet esprit, « recherchant ce qui contribue à la paix » (Rm 14, 19) et « étant en paix avec tous les hommes » (Rm 12, 18), comme nous y exhorte l’apôtre Paul, nous adressons au plérôme portant le nom du Christ, aux chrétiens de la terre de mission qu’est le Continent Africain, un message de paix et d’amour en Christ, invoquant pour tous l’illumination, la grâce et la miséricorde du Christ notre Sauveur, incarné et devenu homme pour nous.

 

Que la nouvelle année, qui arrive bientôt, soit remplie de bonté, de santé et d’abondance. Que la grâce de notre Seigneur accompagne le monde entier, les hommes de bonne foi et de bonne volonté de chaque nation, race et âge, et surtout nos bien-aimés enfants, les jeunes, à qui nous les autres, “les grands”, faisons le tort de ne pas laisser briller le soleil dans son éclat le plus pur.

 

« Et que Dieu de la Paix soit avec vous tous. Amen ».

 

Avec l’Amour en Jésus-Christ qui est né.

 

Le Patriarche d’Alexandrie

PÉtros

 

En la Grande Cité d’Alexandrie

NOEL 2001